Je décide cette fois d'aller pêcher la partie avale du marais.

Avant de se jeter dans la mer du nord, deux très hautes dunes étranglent ce petit fleuve côtier de la cote d'Opale en formant un marais.

Je commence au pied du pipe-line. Cet ouvrage de conduction d'eau, permet de traverser ce petit cours d'eau large de quelques mètres.

L'eau est légèrement teintée. Je laisse le Rapala de sept centimètres, coulant, gris qui m'a valu une petite truite de mer lors de ma dernière sortie.

18 03 16 slack (3)

Rien dans le premier poste.

Je traverse en jouant les équilibristes. Ce point de vue me permet de constater que le parcours est libre. Les truites de mer sont des poissons farouches si quelqu'un est passé précédemment, mes chances seront quasi nulles.

Le temps est gris et bas, je peigne le virage suivant en « S ». Je suis confiant, j'y ai déjà pris un brochet avec deux cuillers. Il m'avait fait une première tape, avait coupé ma ligne au deuxième passage et j'avais fini par le prendre en rajoutant un bas de ligne en acier. Celui là était très motivé !

14 04 05 Slackr

Rien cette fois.

Je traverse le wateringue grâce à mes waders. Le temps étant prévu pluvieux, il me permettent de rester au sec et au chaud.

Je continue de lancer en avançant doucement. Je m'efforce de peigner chaque veine d'eau. Pas de touche à la sortie du rué suivant. J'y avais pourtant déjà pris plusieurs fois une fario. Ce n'est pas forcement un mauvais signe. Les truites de mer sont des poissons imposants qui ne supportent pas la concurrence. Elles pourchassent sans ménagement les poissons plus petits. C'est un réflexe génétique pour protéger leurs futurs alevins que ces petites goulues pourraient dévorer. Sachant qu'elles ne mangent pas en eaux douce, c'est grâce à ce petit défaut que nous pouvons les prendre à la ligne. Elles sont peux être tout simplement apathique. Il y a aussi des jours sans. …

J'insiste auprès des saules immergés. J'ai toujours espéré y perdre un beau brochet mais je n'y ai jamais eu de touche. …

Le marais est ensuite tout plat. Mon poisson nageur passe rapidement sur les linéaires où un finock pourrait s'attarder. Rien.

J'insiste sur les quelques méandres en laissant le soin à mon countdown de bien descendre dans les amortis de chaque virage. L’exercice à cette distance n'est pas facile. Ma grande Daiwa de trois mètres trente me permet d'orienter à droite ou à gauche en fonction de la courbure. Rien non plus sur ce pool là.

Sur le suivant j'ai pu prendre, l'année dernière, en début de saison une très belle de soixante sept centimètres.

16 04 23 slack (7)m

Je lance mais le vent place ma dérive trop à droite. Je ramène canne haute afin de ne pas toucher le fond en ramenant. Je relance plus à gauche. Cette fois mon poisson nageur est correctement dans la veine centrale. Je lui laisse quatre secondes pour descendre vers le fond en moulinant très lentement, juste ce qu'il faut pour que le bas de ligne ne s'emmêle pas dans les triples. J'avale alors la bannière plus rapidement pour imprimer à mon leurre une accélération sur un mètre environ. Nouvelle pause de deux secondes en moulinant très lentement. Petite tape, suivit d'un mou dans la ligne. Je me suis déjà fait avoir avec une touche similaire il y a deux ans. Croyant avoir manqué un brochet qui aurait coupé la ligne, j'avais récupéré bêtement jusqu'à apercevoir à mes pieds une belle fario se débarrasser de ma cuiller. Cette fois, je ferre amplement. BINGO ! J'ai droit à de gros coups de tête rageur. C'est un beau poisson ! Il part en remontant la rivière. Mon moulinet Daiwa chante, j'adore cette petite musique ! Mon frein est donc bien réglée. Un tel départ n'est pas l’œuvre d'un brochet, c'est donc une truite de mer. Je penche de-suite ma Grande Twilight de façon à la de-stabiliser. Cela fonctionne, elle revient vers moi. Elle garde cependant le fond, c'est donc un poisson de plus de soixante centimètres. A ma hauteur, je penche la canne dans l'autre sens pour tenter de la faire rester devant moi mais elle se moque bien de ma parade et continue. La douce musique du frein de mon Exceler chante encore. Elle me prend facilement dix à vingt mètres de tresse. Cette dernière résiste avant qu'elle ne fatigue et que je la ramène à nouveau devant moi. Sachant qu'elle a fait un demi-tour à gauche et un à droite, Si elle ne c'est pas décrochée, c'est qu'elle est bien piquée. J'ai droit a plusieurs aller- retour avant que je ne puisse la voir.

C'est une magnifique ravalée, toute brillante.

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Nous donnons ce nom aux truites de mer qui sont venues pondre cet hiver puis redescendent vers la mer.

Elle ne se laisse pas attraper si facilement. Elle repart plusieurs fois avant que je puisse l'approcher au bord.

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C'est un magnifique mâle au bécard prononcé.

Je prend le temps de faire de nombreuses images.

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Sa caudale puissante est taillée pour la remontée des fleuves.

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Ce beau migrateur est presque aussi long que la poignée ergonomique de ma Daiwa. Il mesure soixante trois centimètres. Il m'a donc offert soixante trois centimètres de bonheur !

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Sa tête est massive ! Une des branche du triple est encrée dans sa puissante mâchoire. Ma Twilght est baptisé par un magnifique migrateur !

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Mon nouveau moulinet, Un Daiwa Exceler 4000 LT s'est révélé un parfait allier pour venir à bout de ce lingot d'argent !

Je fais un prélèvement d'une trentaine d'écailles sur la queue. Elles seront envoyées à l'ONEMA pour y être analyser. Je recevrais en retour son âge, le nombre de remontées dans son fleuve natal, le nombre de frais. ...

Je tente maintenant un selfie.

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Je la pèse avant de la relâcher : deux kilo et trois cent grammes. Quand elles remontent de mer, beaucoup plus tard dans la saison, les poissons de cette taille pèsent plus de trois kilos. Elle perdent donc un tiers de leur poids pendant le frais.

Vient le temps de sa remise à l'eau.

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Désolé pour cette photo manqué mais elle est repartie avant que j'ai le temps d'en faire une autre de meilleure qualité.

Je peigne le reste du parcours mais la concentration n'est plus la même. Je suis sur le petit nuage de ce fantastique poisson.

Je croise un ornithologue. Il m'apprendra que le couple de rapace que j'observe régulièrement depuis plusieurs année au dessus du marais est un balbuzard des roseaux.

Balbuzard

Nous discutons pendant la demie heure qui me reste avant de retourner au collège pour un conseil de classe. J'ai bien du mal à m'y concentrer.

Ne ne cesse de penser à splendide grand migrateur. ...