Retour dans mon petit fleuve à la recherche de mes grands migrateurs.

L'eau est basse et claire. Le temps est beau depuis plusieurs jours. Cette saison, cela fait plusieurs mois qu'il n'a pas vraiment plu, autrement que de mouiller l'herbe. Les agriculteurs en profitent pour faner. Le marais est parsemé de balles rondes.

J'arrive au levé du jour. Ce moment est magique. Le monde de la nuit s'évanouit.

Je rejoint directement le plus beau pool, le plus proche.

En traversant j'ai monté mon fouet. Je passe le troupeau de vache. Elle sont encore couchées. Elles ruminent en me regardant. Des volutes de vapeur montent de leur corps chaud dans cette aube fraîche.

Je dévide de mon moulinet quinze grandes brassées de soie. Je fouette afin d'expédier mes trois mouches sur la fin du radier.

Je tricote dix secondes afin de laisser le temps à ma Sandy-fly plombé de rejoindre le fond du poste.

Je ramène ensuite par petites tirées de dix à vingt centimètres. Cela permet à mon train de mouche de s'animer en chaloupant. Rien.

Je m'avance d'un pas avant de relancer plus en amont. Tricotage, tirés, rien non plus.

Cette année il n'y a pas eu de crue de printemps. Le poste est en partie comblé pas du sable. Il est moins profond.

Le soleil s'annonce sur l'horizon. La lumière est fantastique, je ne résiste pas à aller faire un selfie.

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Il ne me reste que quelques minutes avant que le soleil ne paraisse sur l'eau.

Je lance, mes imitations tombent à l'aplomb de l'arrivée d'eau dans le poste. Je ne laisse descendre que cinq secondes. Cela devrait suffire pour épouser le banc de sable. Je me contente ensuite d'accompagner la dérive par des petites tirées de dix à vingt centimètres. Les mouches passent maintenant au niveau du plus profond, la soie s'arrête. Je ferre amplement, pendu, YES !

Elle démarre violemment. Je laisse filer ma soie entre mes doigts en actionnant la gâchette de récupération de mon moulinet automatique. Je suis ainsi en quelques instants, directement sur le frein du moulinet. Elle est remonté pendant le même instant sur le haut du poste. Ma canne est complètement pliée pour contrer son rush. Cela fonctionne mais maintenant elle dévale. Je relève la canne en rembobinant à nouveau. J'oriente ma dix pieds en sens inverse afin de lui opposer le nerf puissant de ma canne pour soie de sept à huit. Je peux alors voir une magnifique truite de mer qui doit dépasser les cinquante centimètres. Elle va maintenant s'énerver en me vidant à nouveau le moulinet dans la partie la plus profonde. Ses coups de tête furieux mettent mon bas de ligne à rude épreuve. Le trente centième en fluorocarbone résiste. Elle bondi dans tous les coins. Heureusement, le pool est propre. Au bout de plusieurs minutes de ce manège, je parviens enfin à la faire monter en surface. Elle en profite pour donner de violents coups de queue. Elle replonge, je la remonte. Son opposition continue ainsi une ou deux minutes de plus avant qu'elle blanchisse. La voilà maintenant sur le flanc, plus raisonnable. Je l'échoue sur le banc de sable en sortant mon appareil photo pour immortaliser cette belle prise.

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Je suis enchanté, elle est en pleine forme, bien ronde. …

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Ma Sandy-fly est bien planté dans sa mâchoire puissante.

Je tente maintenant un selfie.

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Celui-là semble correct.

Quel bonheur !

Je la replace dans l'eau après chaque image puis prend maintenant le temps de la mesurer : cinquante trois centimètres ! Cinquante trois centimètres de bonheur !

Je sort mon peson : deux kilogrammes ! Deux kilo de puissance !

Encore un peu de patience pendant le prélèvent de quelques écailles pour leur étude scientifique scalimétrique. En y lisant les strie comme sur la coupe d'un arbre, nous connaîtrons les différentes années passées en mer et celles vécues en rivière.

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Vient maintenant le temps de lui dire adieu !

Je suis enchanté !

Je remonte sur le pré, les vaches paissent, impassibles.

Je rejoins la voiture, profondément heureux que cette persévérance ai payé !