En ce jour d'automne, le temps est gris et les nuages sont bas.

Je lance une petite cuiller numéro deux. La première impression de souplesse lors du lancer est confirmée pendant la récupération. La canne d'action parabolique affiche une courbe régulière.

Rien prêt des nénuphars. Je lance en linéaire en avançant pour tenter un éventuel brochet qui serait posté dans le milieu du lit. La courbure se prononce. Une herbe est accroché à ma cuiller.

Je longe la hutte aménagée par des chasseurs à proximité de la petite rivière. Les cygnes glissent gracieusement sur le petit lac. Ils sont très curieux et aiment venir me voir. Le mâle est devant et a gonflé ses ailes en signe d'agression.

Rien non plus sous le petit pont.

Accroc ou touche dans le virage au dessus. Une perche suit ma cuiller. Je tente d'effectuer un huit avec ma Mepps. Elle la suit en hérissant les épines de sa nageoire dorsale mais ne prend pas.

Je m'assoie pour tenter autre chose. Je fixe un leurre souple de six centimètres. Elle est toujours là. Je lance deux mètres plus loin, ramène. Touche ! YES ! Elle résiste. C'est une belle de plus de vingt centimètres. Je descend une botte dans l'eau afin de l'attraper. Premier poisson avec cet ultra léger. J'ai réussi à m'adapter, je suis enchanté !

Je fais une série de photo.

Les couleurs des liserés et des bagues en aluminium anodisés sont en parfaite harmonie avec les nageoires oranges vives de cette belle perche.

Le leurre souple Daiwa Duck Fin Shad, couleur Uv Chartreuse lui a plu au premier passage. Sa large caudale en forme de patte de canard qui vibre généreusement a su faire la différence.

Je tente un selfie.

Adieu ma belle. …

Les intersections sont toujours de très bons postes. Mon ultra léger Daiwa Presso Iprimi est baptisée !

Je continue avec ce leurre souple sans avoir d'autre touche.

Je change pour un ensemble carnassier plus lourd qui me permettra de tenter de plus beaux poissons. Mon grand sac à dos me permet d'emporter plusieurs cannes. Je prend souvent une canne à mouche car c'est une autre de mes techniques préférées. Cette petite rivière étant très encombré, j'ai préféré une grande canne Daiwa de trois mètres trente pour une puissance de 15-50 gr. Elle va me permettre de contrôler des leurres de dix à quinze centimètres qui sont parfaitement adaptés à cette petite rivière très encombrée.

Je lance vers l'amont, les brochets ayant souvent le nez vers le courant, ils voient et perçoivent ainsi mieux le leurre. Ils peuvent alors mieux cibler leur attaque ce qui minimise les ratés. Mon Rapala articulé onze centimètres évolue parfaitement à quelques centimètres sous la surface. Je ramène ainsi lentement. Rien sur la première centaine de mètre.

Nous avions pris, lors d'une précédente sortie avec mon ami Julien, un brochet de cinquante sept centimètres contre une grosse laiche. Il y a de temps en temps une de ses grosses touffes d'herbe le long de la berge. Elles forment de bons postes sur ses rives linéaires serpentant dans le marais. Je lance au-delà et ramène de façon à ce que mon poisson nageur l'affleure. C'est là que ma grande canne est parfaite. Je peux contrôler parfaitement l'angle. Touche ! Ferrage, manqué ! Flûte, il connaît la musique et n'a fait que taper le leurre. Il remporte cette manche. Je tente d'autres lancers puis d'autres leurres mais il restera calé.

Je poursuis ma prospection plus en amont.

J'arrive à un endroit plus large. Ce coin est magnifique. Il est en plus surplombé d'un grand saule. Il perd régulièrement des branches, ce qui en fait un poste à brochet idéal. Je n'y ai jamais rien pris. Il doit forcément être occupé par un très gros poisson.

Je tente un lancer longue distance. Mon Gunki de treize centimètres fuse. Il passe parfaitement au-delà du saule et amerri vingt-cinq mètres plus loin contre la berge d'en face. Je bascule alors ma grande canne de façon à ce que mon articulé, très peu plongeant passe sous le saule. Je vois alors un grand Vé, semblable à une torpille dans les films, venir de la berge sous le saule et suivre mon Ikota. Il ne prend pas. Il suit toujours. Le voilà à moins de dix mètres. Il me faut tenter quelque chose avant qu'il ne puisse me voir. Je ralentis. Il ralentit. J'accélère. Énorme gerbe d'eau suivit d'un poids monstrueux sur la ligne. J’appuie le ferrage et le combat commence ! Ma grande canne est complètement pliée. La tenue du poisson est parfaite. J'ai bien réglé mon frein et il me prend alors une vingtaine de mètres d'une facilité déconcertante. Il me fait ensuite une splendide chandelle. J'adore ses manifestations de mécontentement. Elles sont aussi magnifiques que risqué. Je peux malheureusement voir que les triples ne sont piqués qu'au bord des lèvres. Je ne dois pas prolonger le combat, ni casser cette peau. Je bascule tantôt à droite tantôt à gauche pour le déstabiliser au plus vite et je réussi à le ramener vers la berge. Je glisse un pied dans l'eau. C'est plus profond et l'eau glacée envahit ma botte. Qu'importe, il est magnifique ! Seul un hameçon est pris sur la lèvre et sa brutale défense en a fait une boutonnière. L'instant est critique ! Je tente de glisser mes doigts entres ses opercules mais il refuse de les ouvrir. Il se débat et repart. Je coupe court à son nouveau tour pour l'amener à nouveau. Le triple tient encore. Nouvelle tentative, j'y parviens cette fois et peux le hisser sur la berge.

VICTOIRE !

Il doit bien être supérieur à quatre vingt dix centimètres !

Vite, mon téléphone pour immortaliser l'instant ! Je lâche la main droite pour la glisser dans ma poche. Je tremble et mes mains mouillées ne parviennent pas à sélectionner l'application appareil photo. Je le pose, les essuie sommairement puis recommence. Le grand poisson se débat, violemment, retombe sur la berge puis dans l'eau. Il rejoint immédiatement le large.

J'ai préféré sauver le téléphone.

Mon cœur bat à tout rompre.

Je m'assois pour laisser échapper un long cri de guerre ! ...

Je m'allonge dans l'herbe pour retrouver mes esprits. Que d'émotions ! ...

Je me rend compte alors que la luminosité a baissée. Il est dix sept heure. Il va bientôt faire nuit.

Avant de rentrer, je tente la dernière intersection au-delà du saule.

Je lance mon Gunki. Contact, Rien ! Le gros brochet a ouvert l'émerillon. Avec l'émotion, je n'ai pas vérifié le montage. Dommage, j'aimais bien ce cadeau que m'avait fait mon frère Simon.

Je fixe le Rapala initial. Je relance, puis ramène lentement. Touche à la pointe de l'intersection. C'est nerveux mais très petit. J'attrape rapidement un petit brochet.

Lui est bien piqué et je peux faire une image avant de le laisser repartir.

Fait bien attention à toi bébé, un monstre rode dans le coin !

Je rentre, profondément heureux d'avoir pris ce fantastique carnassier. Je suis aussi ravi d'avoir réussi à deviner son poste. Je suis par contre très déçu de ne pas avoir réussi à le mettre dans ma « bourriche numérique ». ...

Au passage de la hutte, je dérange le martin pêcheur. Il file droit vers les bambous où je l'ai plusieurs fois vu y aller se cacher.

Je laisse cette belle nature sauvage s'envelopper de son voile nocturne et je rejoins la voiture.